J’ai trouvé depuis trois ans une raison d’être à ma vie. La guerre, que je ne comprenais pas sous sa forme purement destructrice d’Europe, avait fini par me révolter contre mon uniforme. Au Tonkin et ici, j’ai vu et fait la guerre sous sa seule forme noble et féconde, la guerre productrice de vie. Quand, après avoir repoussé une bande pirate, réprimé une insurrection, au prix, il est vrai, de la vie de nos hommes, je vois se repeupler un pays désert depuis des années, les villages se rebâtir, les rizières se cultiver, les routes s’ouvrir, la vie renaître là où c’était le désert et la ruine, je pense que le sang versé ne l’a pas été en vain et que l’oeuvre faite est bonne et utile. C’est toute la mienne ici.